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Aux origines de la surconsommation du numérique et quel est le rapport avec mon chat.

Certains disent que la roue n’existe pas parmi le foisonnement d’organismes inventés par le vivant. Mon chat prouve le contraire : sa corpulence lui a donné la capacité de se déplacer en roulant.

Certains nous ont dit qu’il était trop gros et d’autres que « boâ, meuh non, ça vaaaaa…».

Mais ces derniers n’étaient ils pas en fait corrompus par l’animal ? Pour savoir qui a raison, il faut peser le chat et comparer le chiffre obtenu avec la moyenne nationale des chats de même taille. On peut ainsi répondre de manière objective : « Ah ben oui, tiens, merde ! Mon chat est gros ».

Mais est-ce un problème ? Après tout, c’est comme ça qu’on l’aime.

On peut trouver d’autres chiffres : ceux qui font la corrélation entre surpoids et maladie chez le chat. Selon où notre chat se situe, on peut décider d’intervenir ou pas, avec plus ou moins de vigueur. On appelle ça un compromis.

Peser le pour et le contre, ajuster le curseur pour le mettre au bon endroit en se basant sur des données qui font pencher la balance d’un coté ou de l’autre, nous le faisons tous les jours et cela s’applique à tous les domaines.

Par exemple, le volume de consommation énergétique lié au numérique est-il justifié, doit on le raisonner et si oui de combien ?

Et Dieu créa l’ordinateur…

Il fut un temps ou communiquer sur de longues distances c’était pas de la tarte et c’est le moins qu’on puisse dire. Maintenant on peut être en contact quotidiennement avec sa famille ou ses amis à l’autre bout de la France, la distance n’a plus d’importance.

Calculer le cosinus de la racine carrée de l’hypoténuse ? Savoir quelle est la distance terre/soleil au mètre près ? C’était à une époque réservé à une élite de penseurs chevronnés. C’est maintenant à la portée du premier quidam venu pour peu qu’il ait un smartphone sur lui.

Grâce à internet, on peut tout savoir des théories allant de celle des cordes à celle de la terre plate, on peut contourner la propagande d’un pays totalitaire ou encore créer une proto culture mondiale à base de lolcats et de gifs animés.

Plus généralement, sans l’informatique, la médecine n’en serait pas là où elle est aujourd’hui et on ne pourrait pas envoyer des trucs dans l’espace. D’ailleurs aucun domaine de la recherche ne serait ce qu’il est sans la puissance de calcul de nos machines.
Et puis tiens, si ça se trouve, nous ne nous rendrions même pas compte du merdier climatique dans lequel nous nous sommes mis, sans cet outil pour compiler des quantités astronomiques de données et calculer des simulations à grande échelle sur plusieurs années.

Bref, les ordinateurs c’est bon, internet c’est bien et cerise sur le gâteau : l’informatique permet de dématérialiser l’information. Du coup, au revoir le papier, exit les courriers à transporter en camion et honte à ceux qui impriment encore !

Mais en sommes nous si sûr ?

Dieu créa l’ordinateur, mais c’est un gros dégueulasse.

Green IT, dans son dernier rapport, trouve « 200kg de gaz à effet de serre et 3000 litres d’eau par internaute français et par an » lié au numérique.

Grâce au calculateur de Co2 de La Poste, j’ai pu calculer qu’il faut 10 000 lettres de 20g entre Lyon et Marseille par en et par personne pour arriver au même bilan carbone. Oups !

Le CNRS lui même indique que le numérique est responsable de 6 à 10% de la consommation électrique mondiale. Soit pour la France, 2% de l’énergie totale.

On peut souvent lire que cela équivaux à la consommation énergétique de l’aviation. Ce qui est à peu près vrai. Mais en réalité comparer la consommation énergétique du numérique à celle de l’avion est un brin réducteur. En effet un avion vole uniquement l’énergie fossile et est plutôt réservé aux populations qui peuvent se le permettre.
Internet quant à lui, utilise l’énergie disponible sous forme d’électricité, qui peut être produit de divers manières différentes. Il est par ailleurs accessible au plus grand nombre.

La quantité de pétrole consommé pour faire voler les avions est relativement simple à calculer et il en va de même de l’énergie induite par la fabrication de ces derniers. Je ne dis pas que l’industrie de l’aviation n’a pas de coût caché, mais les calculs sont infiniment plus complexes pour le numérique.

L’énergie grise, nécessaire pour produire les appareils électroniques est le fruit d’une chaîne de production incroyablement tentaculaire. Et plus l’on remonte la chaîne, plus c’est consternant.

Il faut près d’une quarantaine de matériaux différents pour fabriquer un smartphone. Les terres rares (sous-catégorie de métaux rares) sont produites à 95 % par la Chine. Les normes environnementales de ce pays étant quasi inexistantes, l’impact environnemental est colossal dans ces régions.

Mais c’est aussi le coup humain de cette industrie qu’il faut bien réaliser.

En Afrique, à l’origine de 70 % de la production de Coltan, les minerais sont au cœur de conflit et sont souvent source de pillages, de morts et de trafics en tout genre.

Les conditions humaines dans certaines mines y dépassent l’entendement. Par exemple au village de Numbi en République Démoratique du Congo, où l’ensemble de la population est devenue tellement dépendante de la mine que l’on y retrouve des enfants, travaillant ainsi dans des conditions extrêmement difficiles et même mortelles.

D’après diverses ONG dont Médecin sans Frontière, entre les guerres et le travail dans les mines, on dénombrerait 5 millions de morts directement liés à l’exploitation du Coltan en vingt ans.

Et tout cela pour quoi ? Faire avancer la recherche et envoyer du coton pousser sur la lune ?

« Internet is for porn »

La consommation énergétique d’internet se répartie à peu près ainsi :

• 44 % liés aux terminaux
• 32 % liés au transport (les télécoms)
• 24 % liés aux data center

Nous allons bientôt atteindre 1,5 x la population mondiale en téléphones portables en état de fonctionner. Autrement dit : là où certains n’en ont pas, d’autres changent de téléphone comme ils changent de chaussettes.

80 % du trafic mondial est lié au streaming. Netflix et les lolcats contribuent probablement à notre épanouissement culturel mais c’est difficile à mettre au même niveau que le séquençage de l’ADN de l’homme de Neandertal.
Et je vous parle même pas de la part liée au porno !

Les Data Center sont pleins à craquer de données liées aux utilisateurs et à leurs actions.
1,7 Mo de données générées par seconde et par tête : c’est comme si tous les utilisateurs téléchargeaient l’équivalent de la discographie complète de Céline Dion toutes les 60 minutes. Rendez-vous compte : la discographie de Céline Dion sur 7 milliards de personnes et ce toutes les heures !

En fait, le gros du numérique est dédié à ce que nous faisons le mieux aujourd’hui : consommer et se divertir.

« Allez hop, au régime ! »

Pour en revenir à mon chat, quand nous avons réalisé que sa santé était peut être un peu mise à mal, on s’est dit qu’il fallait peut être intervenir.
Du coup paf, au régime le chat !

Si on pose la formule de base, ça parait logique :

moins de bouffe = moins de chat.

Bon ça marche, mais ce n’est pas sans difficultés ni inconvénients. il devient vite insupportable et s’empresse de reprendre tous les kilos perdus dès qu’on a le dos tourné.
Il s’agit là d’une lutte interminable. Certes, pas aussi épique que celui du bien contre le mal, du coté obscur de la force contre les Jedis, de Oui Oui contre l’abri bus qui parle, mais c’est toujours ce qui arrive quand on cherche à soigner les symptômes plutôt que de s’attaquer à la vraie cause du problème : cela ne s’arrête jamais.

Il s’avère que c’est un chat d’appartement castré. Déjà, un animal castré à tendance à prendre du poids naturellement. Mais là en plus, il s’emmerde. Et bouffer est un moyen vachement satisfaisant pour passer le temps, vous en conviendrez. On comprend alors qu’un régime devient presque contre productif, puisque vient exacerber la cause (vu qu’il s’emmerde encore plus). Diantre !

De la même manière, mes premiers réflexes d’écolo quand j’ai voulu limiter mon impact numérique, a été de remettre en cause ma consommation numérique frontalement. De me dire qu’il fallait que j’attaque un régime.

Mais là aussi, essayons de creuser un peu.

Attention… rebondissement !

Comment en sommes nous arrivés à cette surconsommation numérique ? Ne crie pas au loup capitaliste tout de suite, très cher(e) ami-e bobo islamo-gauchiste. Bon oui y’a de ça. Mais pas que.

Dans les chiffres rigolos, il y a ceux des convertisseurs en ampoule allumées. « 1h de Netflix représente 60 ampoules allumées pendant 24h », « supprimer 30 mails revient à laisser une ampoule allumée pendant 1h ».

En réalité la conversion est impossible à faire, c’est comme l’avion. Ça n’a pas vraiment de sens et on verra plus loin pourquoi.

Toutefois, il y a une analogie assez intéressante à faire. On a souvent le réflexe d’éteindre la lumière en sortant d’une pièce. Et si par mégarde on l’oublie, les autres ne ratent pas de nous le faire remarquer, avec el famoso « Hé dis donc, t’as des actions chez EDF ou quoi ? » ou encore le très célèbre « C’est Versailles ici ou quoi ?  »

Pour ce qui est de notre manière d’utiliser internet, nous ne nous posons jamais ce genre de question. Rien ne semble vraiment avoir de coût matériel.

Vu que c’est numérique rien n’empêche de faire 10 000 copies d’un même fichier. C’est facile ça prend 4 clics ! c’est rien du tout. Ça prend un peu plus de place sur un disque, ou sur un cloud, mais on peut l’effacer tout aussi vite, et paf, c’est comme si on avait rien fait.

Un objet numérique a donc un « coût nul ». C’est pas complètement faux, si on le faisait avec du papier, on aurai vite fait de venir à bout du Bois de Boulogne (ça change de l’Amazonie).

Les conséquences de cette illusion de « coût nul » amène à ce qu’on appelle l’effet de rebond appelé également « paradoxe de Jevons » : l’apparence ultra économique d’un nouveau système provoque une surconsommation qui va compenser, voir dépasser l’économie qui devait être réalisée sur le système précédent.

 

Et dans l’univers du numérique, il y a plein d’exemples d’effet rebond !

L’enfer, c’est les autres.

Un papier jeté dans la rue, il est facile de se dire que ça va faire désordre si tout le monde fait pareil (on peut en avoir rien à foutre, mais on saisi quand même l’idée, c’est pas incompatible).
Et ne pas éteindre la lumière à des répercussion sur sa propre facture.

Dans le numérique nous sommes dans un monde ou les conséquences de nos actes individuels sont totalement invisibles, ce qui nous donne l’illusion d’un coût nul.

Et c’est vrai pour une personne, localement. Mais les coûts les plus importants se trouvent au niveau du réseau lui même, et sont fortement exacerbés par les interactions entre les individus.

Quand on envoie un message sur Facebook, nous n’avons quasiment aucun moyen de savoir par où il passe (il peut faire deux fois le tour du monde avant d’arriver chez votre voisin). Ce transport a un coup monstrueux (on l’a vu) et il peut déclencher d’autres événements coûteux, comme par exemple l’analyse du message par Facebook pour en extraire des informations à vendre à des publicitaires.

On peut boycotter une gousse d’ail provenant du Chili au profit d’une gousse bien de chez nous. Mais sur internet, impossible d’imposer un trajet au message, ni d’anticiper l’avalanche d’événements qui en découle.

Ok, mais on peut quand même se dire qu’en limitant son usage du réseau, on évite de le solliciter et donc on réduit la facture. Ce qui est vrai.

On peut boycotter une plateforme parce qu’il ne semble pas correspondre aux critères que vous vous êtes imposé.

Cela règle une partie du problème, mais pas complètement.

Vous pouvez boycotter Amazon, parce que vous n’êtes pas d’accord avec leur politique managériale, ou encore parce que leurs serveurs ne suivent aucune préconisations environnementales. Mais qui vous dit que l’alternative que vous allez utiliser n’est pas hébergée chez eux, ou n’utilise pas un de leurs services ?

Du reste, qu’est-ce qu’un contenu de qualité ? Qu’est-ce qui vaut la peine d’être consommé ?

Une bonne gousse d’ail, on sait ce que c’est. Mais un bon contenu culturel ou éducatif ? C’est subjectif et cela varie énormément d’un individu à l’autre, d’une culture à l’autre.

Conclusion

Pour terminer mon histoire avec mon chat, il n’est plus au régime et il est quand même devenu svelte et agile. Juste un petit peu de peau qui pend, ce qui le rend encore plus charmant.

Comment ? Quel est diable le secret ? Et bien il suffisait simplement de prendre un appartement où il peut sortir tous les jours pour qu’il se dégourdisse les patounes ! Et aussi de lui filer des croquettes moins dégueulasses pas premier prix. Résultat il s’ennuie moins et fait un peu d’exercice. Nous avons arrêter de nous prendre la tête avec la quantité de croquettes qu’on lui donne, sans même que l’on s’en rende compte.

Mais nous ne sommes pas là pour donner des conseils minceur pour chat. Je trouvais le parallèle intéressant et c’était un formidable prétexte pour vous parler de lui.

L’attitude à adopter face à un problème de surconsommation est bien évidement de moins consommer. CQFD.

La surconsommation est la cause même de pollution et d’inégalité dans le monde. Mais quelles en sont ses causes à elle ? Ce pourrait être, au hasard, notre modèle économique, basé justement sur la consommation et la croissance.

Nous devons d’un coté, agir individuellement en ne faisant pas n’importe quoi avec ses déchets, son énergie, bref, contrôler sa consommation.
Mais d’un autre coté nous avons le devoir de nous attaquer également à la cause, en agissant collectivement.

Pour le numérique, nous pouvons retrouver les mêmes causes que le reste à cette surconsommation. Et nous pouvons transposer tel quel aux appareils électroniques la même rengaine que pour les autres déchets, ça va de soi.
Évitons de jeter des téléphones qui marchent, réparons les autant que possible, et achetons solide et pourquoi pas en seconde main.

Pour internet nous retrouvons bien sûr aussi les mêmes causes que le reste, mais nous avons vu que l’effort individuel est bien plus compliqué à appliquer.

Nous ne maîtrisons pas notre bulle internet et nous sommes victimes d’un biais : l’effet rebond.

L’effort collectif est donc d’autant plus important. En temps que citoyen, il nous reste plus qu’à contraindre nos élus à trouver des solutions pour réguler le
système et in fine, c’est au secteur privé, tels que les GAFAM, mais aussi aux petits producteurs de sites internet artisanaux tels que nous même, Madcats, d’agir et de chercher des solutions. Car c’est bien nous qui fabriquons l’emballage.

Allez je vous laisse, mon chat veut sortir et on a des sites internet à optimiser !

Sources

Energie

Terre rare

Autre